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Ibrahim Kanaan, député du Metn. «Le Liban a besoin de dons et non de prêts»
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Joëlle Seif – 

Le président de la Commission des Finances et du Budget, le député du Metn, membre du Bloc du Changement et de la Réforme, Ibrahim Kanaan, était l’invité d’une conférence organisée par la Banque mondiale à Washington DC, du 11 au 14 avril, portant sur l’impact démographique et économique du déplacement syrien au Liban et dans les pays voisins. Dans un entretien avec Magazine, il revient sur cet événement.
 
Quel était le but de votre voyage à Washington DC?
J’étais invité à cette conférence organisée par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) à laquelle ont participé quelque 70 Etats et 150 personnes du monde de la finance. Nous étions les seuls Libanais, Yassine Jaber et moi-même à y être conviés. Une journée baptisée «Machreq Day» a été consacrée aux pays concernés par le déplacement syrien. Le Liban y a occupé une place importante. J’ai participé à deux sessions de travail, la première portant sur les réformes monétaires et financières, ainsi que sur les contrôles financiers, la seconde concernant le déplacement syrien et ses retombées économiques et financières sur le Liban. Ont participé à ce congrès, Christine Lagarde, présidente du FMI et Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale, ainsi que de grands experts du monde de la finance.
 
Qu’en est-il du Liban et des conséquences de la présence des déplacés syriens?
Au-delà d’une réforme politique, il y a une grande nécessité de réformer le système financier. Il faut revenir à la Constitution, à l’application des lois et que le Parlement exerce son rôle et redevienne un organe de contrôle. Le problème ne se limite plus uniquement à la politique monétaire pour améliorer le chômage. Il faut contrôler les dépenses de l’Exécutif à partir d’une loi sur le budget. L’objectif principal était de clarifier que les Syriens qui se trouvent sur le sol libanais sont des déplacés et non des réfugiés. J’ai réussi à changer l’approche faite de cette situation. Ils ont voulu accorder au Liban des prêts à faible taux d’intérêt, pouvant atteindre 4 milliards de dollars. Mais un prêt est toujours un prêt, alors que le Liban devrait obtenir des dons en bonne et due forme. Le déplacement syrien a déjà coûté au pays la somme
de 7,5 milliards de dollars, selon les estimations de la Banque mondiale.         
 
Qu’avez-vous dit aux participants à la conférence?
J’ai clairement expliqué que le Liban ne pouvait pas servir de pays alternatif aux Syriens qui devaient partir. La communauté internationale doit assumer son rôle à travers des dons et non des prêts. Ce sont des déplacés et non des réfugiés et il existe une grande différence entre les deux définitions sur le plan légal. Le traitement est différent dans les deux cas. Les besoins du Liban doivent être étudiés en fonction de son économie et de critères que l’on doit établir. La situation ne peut plus durer. L’approche adoptée ne nous convient pas du tout. Il faut, à tout prix, insister sur le retour des déplacés ou les redistribuer ailleurs. Le Liban ne peut plus accueillir 1,4 million de déplacés dans un pays où la population est de 4 millions d’individus. L’essentiel est que nous avons transmis aux participants que le déplacement syrien est temporaire et non définitif. Nous avons également parlé de la réforme du système libanais. Le confessionnalisme est dû à un mauvais exercice et au non-respect de la Constitution et du vivre-ensemble. La corruption ne vient pas des communautés, mais d’une culture généralisée dans la société.  
 
Comment avez-vous interprété la décision de Nabih Berry de faire marche arrière concernant la séance législative?
C’est la preuve que notre entente avec les Forces libanaises commence à porter ses fruits. Les choses reprennent leur cours normal. Dans le passé, les chrétiens n’avaient pas leur mot à dire. L’accord entre le CPL et les FL est un accord stratégique qui n’a pas pour but d’isoler qui que ce soit. Au contraire, il unit toutes les parties et les implique dans un véritable partenariat. C’est grâce à cet accord que nous avons réussi à ramener à nous les chrétiens indépendants et que la loi électorale est devenue une priorité de la bouche même du président de la Chambre. Cet accord se traduit aussi dans les élections municipales où il n’y a plus de confrontation entre les deux formations.
 
Des rumeurs parlent de l’élection du général Michel Aoun à la présidence pour une période de deux ans…
Selon la Constitution, le mandat d’un président est de six ans. Nous n’avons pas été informés officiellement de cette formule. Pour le moment, ce ne sont que des analyses de presse et des informations. Nous l’étudierons et nous nous prononcerons en temps voulu. Il faut réparer d’abord le déséquilibre au niveau de la présidence pour une véritable représentation. La présidence n’est qu’un début pour corriger la relation entre musulmans et chrétiens.

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